Une très intéressante étude menée par l'agence de communication W & Cie (Groupe Havas) en partenariat avec l'Institut Viavoice, pointe du doigt les freins et les leviers attachés au déploiement d'une marque France. Une marque que l'on voudrait évidemment mondiale, conquérante et portée par des citoyens et ambassadeurs actifs et fiers. Ce qui ne semblerait pas encore être le cas, loin sans faut.
L'étude intitulée « La marque France dans la vie économique » nous apprend notamment, tel que résumé par Stratégies que 70% des Français trouvent que la France est moins performante économiquement que les Etats-Unis, l'Inde ou la Chine. Que deux Français sur trois estiment qu'«il est préférable d'acheter français », mais que moins d'un Français sur deux est prêt à le faire. Renault, Total, Airbus, PSA (Peugeot, Citroën) et EDF sont, pour les Français, les cinq marques portant le plus positivement l'image de la marque France dans le monde.
Je trouve tout cela passionnant, mais en même temps un peu effrayant. Le marketing, la communication seraient-ils devenus les solutions à tous nos problèmes. On ne parle plus de ville, de nation, mais de marque. Québec en sait quelque chose actuellement. Vous savez Clotaire Rapaille... ça ne vous dit rien?)
J'aime les marques. Pire je travaille même pour. Mais il me semble que le sentiment de fierté, d'appartenance, de cohésion que l'on ressent normalement pour notre pays d'origine ou d'adoption transcendent vraiment toutes ces considérations de marques. Les transcendent... les pulvérisent devrais-je dire!
J'avoue commencer à être un peu tanné que l'on ramène tout au marketing, au branding, à la marque. Tout n'est pas marque. Et tout ne devrait surtout pas l'être en tout cas... Je vous renvoie d'ailleurs à un article de décembre 2008 de votre serviteur intitulé: Obama, nouveau gourou du marketing? où déjà, je mettais en cause la récupération marketing que l'on faisait du nouveau Président et le saut trop vite accompli entre l'homme et la marque.
Tanné et même parfois effrayé par les excès d’une omniprésence, voire d’une omniscience du marketing dans l’analyse que font certains des problèmes d’un pays, d’une ville, d'un peuple.
Denis Gancel, co-Président et fondateur W & Cie nous révèle même sur le blogue de l'agence qu’«il n’y a pas pire poison pour une marque que la dérision. Jamais un Américain, un Anglais ou un Chinois n’oseraient dire de leur pays ce que les Français disent du leur. Nous avons un complexe à régler d’urgence : le complexe d’infériorité au regard des autres pays, le complexe d’espérance face à l’avenir».
Désolé et mauvaise nouvelle cher Monsieur, mais ce que vous semblez ne plus supporter chez vos compatriotes est un trait fondamental de la culture française, enraciné au plus profond de tous les Français. L’autodérision est une richesse, une preuve de maturité dont bien souvent seuls les peuples millénaires peuvent se targuer. L’autodérision, très présente chez les philosophes et les écrivains français depuis des lunes (ou des lustres!) peut même être une arme très utile en diplomatie et à l’évidence, une caractéristique essentielle du génie français.
Je trouve les objectifs de cette étude fort louables, ses enseignements à la fois instructifs et pertinents, mais je ne suis vraiment certain que la marque France soit le remède à tous les maux français.
Et si certains tiennent absolument à nous servir une marque France, n’oubliez pas qu’une marque a une personnalité, un ton, un style. Des éléments qui bien sûr devront être authentiques et donc… purement français.
N’oubliez pas aussi qu’une marque, c’est d’abord une émotion. Une émotion qui se forge dans les esprits. Une émotion qui devra automatiquement être… française.
N’oubliez pas enfin qu’une marque est d’autant plus estimée, reconnue, crédible et supportée qu’elle est perçue comme vraie. La marque France sera par conséquent… française. Avec tout ce que cela comporte de pessimisme, d’auto flagellation, d’auto critique, de complexe d’infériorité, et d’autodérision !
L’agence W & Cie propose en guise de piste de réflexion un concept de marque fédérateur: “Le génie”.
Personnellement et modestement, je vous suggère celui-ci: “Liberté”.


Tout à fait d'accord avec toi quant aux terribles abus de la terminologie mercatique, et à la tendance morbide de tout rabaisser à un niveau mercantile (marque, com, etc.). Un pays peut être considéré comme une marque, certes, mais une marque millénaire (sauf certains pays dont l'histoire est toute jeune) qui transcende et dépasse toutes les marques antérieures produites par lui.
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